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mardi, 08 novembre 2016

Les fantômes -2-


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En 1627, un nouveau couvent d'ursulines est créé à Loudun. Jeanne de Belcier, issue d'une famille de la petite noblesse de Saintonge y est nommée Prieure. Elle avait prononcé ses vœux en 1623, prenant le nom de Jeanne des Anges.

La sœur est atteinte d'une infirmité ; elle a le corps de travers suite à une chute durant l'enfance. Dans son autobiographie, elle revient sur la conduite tout à fait déréglée qu'elle avait à l'époque :

" J'ai donc passé trois années en grand libertinage, en sorte que je n'avais aucune application à la présence de Dieu. Il n'y avait point de temps que je trouvasse si long que celui que la Règle nous oblige à passer à l'oraison".

Voilà qui est dit et cela a son importance pour mieux comprendre la suite des événements.

Au couvent, son directeur spirituel vient à mourir et Jeanne songe alors à prendre comme nouveau confesseur Urbain Grandier  qu'elle n'a jamais rencontré mais dont la réputation de séducteur lui est parvenue. 

Malheureux Grandier ! Il refuse l'offre qui lui est faite. De dépit la Prieure se tourne alors vers le chanoine Mignon, un bossu qui hait profondément Grandier qui est beau et plait aux femmes, tout ce que lui ne pourra jamais obtenir.Ajoutons que de surcroît -et ça a aussi son importance pour la suite- il est le neveu du baron Jean de Laubardemont, lui-même apparenté à la famille de Jeanne. Voici donc notre petit réseau de comploteurs : une sœur hystérique, un chanoine bossu et jaloux, un notable sans aucun scrupules pour arriver à ses fins.

Revenons donc à cette fameuse année 1632 :

Dans la nuit du 21 septembre, la Supérieure (Jeanne des Anges) et deux autres sœurs reconnaissent la voix et aperçoivent l'ombre de leur ancien confesseur.

Le 23 septembre une boule de feu noire traverse soudainement le réfectoire. Durant la messe, les trois femmes sont prises de convulsions, elles injurient Dieu et recrachent l'hostie. 

La folie gagne bientôt les quatorze autres sœurs ursulines. La nuit, elles courent à demi-nues sur les toits du couvent, elles grimpent aux arbres.

Le 11 octobre, elles affirment reconnaître dans le fantôme le curé Urbain Grandier et l'accusent de les avoir ensorcelées. Le Père Mignon procède alors à des séances d'exorcisme sur les sœurs. N'y parvenant pas, il fait appel à Pierre Barré, curé connu pour être totalement désaxé et qui officie dans la paroisse Saint-Jacques à Chinon. Aussitôt ce dernier répond à l'appel de son confrère et part à pied à Loudun en compagnie d'une partie de ses paroissiens. On imagine bien la procession à travers la campagne ! D'ailleurs j'aperçois des têtes connues. Il y a parmi eux quelques ancêtres chinonais de mon mari.

Les séances d'exorcisme se déroulent maintenant en public dans la Collégiale de Loudun. Vous ne pouvez pas vous imaginer le monde qui affluait de partout pour assister à cette mascarade. Les commerces de la ville prospérèrent à plein régime et ça dura ainsi plusieurs mois.

Les sœurs sont dénudées, rasées, on les asperge d'eau bénite, on leur introduit des seringues à clystères. Elles se tordent dans tous les sens, éructent toutes sortes d'obscénités, se masturbent devant une foule en délire !

Ça n'a que trop duré et il faut maintenant agir. En novembre 1633 Laubardemont reçoit l'ordre d'enquêter sur cette affaire. Une commissions spéciale de 12 magistrats présidée par ce même Laubardemont recueille alors tous les témoignages possibles -et ils sont relativement nombreux car le curé s'était fait beaucoup d'ennemis parmi la population locale-  récupère des papiers pour le moins douteux -preuve en est ce pacte prétendument signé par Grandier avec le Diable !-

 

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Il est décidé que le jugement qui découlera de ce tribunal d'exception sera sans appel possible auprès du Parlement de Paris. Ce qui revient à dire qu'Urbain Grandier est déjà jugé coupable de sorcellerie.

Le 6 décembre 1633 Urbain Grandier est arrêté et c'est Mignon qui est chargé de son interrogatoire.

En juillet 1634 la Commission se réunit pour examiner les 4000 pages du dossier. Comme le malheureux refuse d'avouer, il est alors soumis à la Question ordinaire et extraordinaire et on lui inflige la torture des brodequins.

Les brodequins
On ne donnait guère cette question qu’aux accusés de grands crimes et dont la condamnation paraissait inévitable : on cherchait, au moyen de la torture des brodequins, à en obtenir des éclaircissements ou des aveux. Voici comment on procédait :

On faisait asseoir le patient, on lui attachait les bras, on lui faisait tenir les jambes à plomb, puis on lui plaçait le long des deux côtés de chaque jambe deux planches, une en dedans et une en dehors ; on les serrait contre les jambes ; on les liait sous le genou et au-dessus de la cheville du pied ; ensuite, ayant placé les jambes près l’une de l’autre, on les liait toutes deux ensemble avec des cordes pareilles placées aux mêmes endroits ; puis on frappait des coins de bois dans les deux planches placées en dedans entre les genoux, et par en bas entre les deux pieds : ces coins serraient les planches de chaque jambe, de façon à faire craquer les os. La question ordinaire était de quatre coins, l’extraordinaire de huit. On condamnait certains criminels à être pendus et brûlés ; on les pendait d’abord, puis on les descendait de la potence pour être placés sur un bûcher et brûlés.

Au bout du huitème coin, Grandier n'avait toujours pas avoué ; alors Laubardemont exige qu'on lui inflige deux coins supplémentaires. Mais rien n'y fait !

Pendant ce temps, les sœurs, sans doute prises de remords, reconnaissent avoir menti. Hélas c'est bien trop tard.

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Le 18 août 1634 six mille personnes se ruent sur la place du Marché où un bûcher a été dressé. Là on traîne le malheureux, vivant encore, et après l'avoir attaché, il est enduit de soufre et le feu est mis.

Voilà la triste histoire de ce prêtre qui eut le malheur d'être au mauvais endroit au mauvais moment.

Et les sœurs dans tout ça ? Eh bien leurs crises de possession dureront jusqu'en 1637. Jeanne des Anges fut reçue par Richelieu et assista à la naissance du futur Louis XIV auprès de la reine Anne d'Autriche. Elle est pas belle la vie ?

Si vous en avez l'occasion, regardez le film "Les diables", réalisé par Ken Russell en 1971.

Un extrait ici.

Quelques ouvrages sur ce sujet :

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