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mercredi, 18 décembre 2019

Tours qui disparaît -1-

" Tours qui disparaît " est un recueil de 100 planches représentant des habitations du vieux Tours à la fin du XIXe siècle. C'est l'œuvre du tourangeau Edouard Gatian de Clérambault qui fut président de la Société Archéologique de Touraine de 1910 à son décès, survenu en 1917. Je reviendrai ultérieurement sur cette famille dans ma rubrique généalogique. 

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J'avais déjà eu l'occasion de voir quelques-unes de ces planches dans divers ouvrages sur Tours, mais cette-fois-ci, j'ai la totalité. En effet ce livre fait partie d'une collection réimprimée que l'on peut obtenir facilement. Pour ma part je l'ai commandé à la FNAC et je l'ai reçu hier.

Chaque planche est accompagnée d'une note explicative fournissant quelques détails supplémentaires. 

Ce livre a été édité en 1912 ; il faut donc s'attendre à ce que bon nombre de ces maisons aient disparu aujourd'hui.

Je vous montre un exemple :

Planche VI : rue de l'Arbalète.

Hôtel portant le numéro 5 de la rue; en face de lui se trouvait autrefois une auberge où pendait encore, en 1749, l'enseigne de "l'Arbalète", qui a donné son nom à la rue. Il dépendait du fief de la Trésorerie de Saint-Martin.

Les trois corps de bâtiments qui composent cet hôtel appartenaient en 1700 à la veuve Turquantin et aux sieurs Gilles Chateignier et de Grandmaison. On y remarque la porte en chêne sculpté de la tourelle contenant l'escalier, un petit oratoire voûté à nervures prismatiques, et une frise sculptée à la hauteur du premier étage, sur le bâtiment oriental.

On a quelquefois confondu la rue de l'Arbalète avec la rue de Picardie, actuellement rue Henry- Royer.  Au XVe siècle plusieurs seigneurs et maîtres d'hôtel du Roi avaient des hôtels dans cette rue et dans celle de Picardie.

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De nos jours la rue de l'Arbalète existe toujours. Elle est parallèle à la rue de la Rôtisserie, tourne en coude pour devenir la rue Henry Boyer qui aboutit dans la rue de Châteauneuf. 

Par-contre, je ne suis pas certaine que l'hôtel soit encore debout. Il va falloir que j'aille jeter un œil.

En faisant ma généalogie, j'ai retrouvé une ancêtre, Suzanne Guiet,  qui était servante à l'auberge de l'Arbalète !

Ce renseignement était inscrit sur l'acte de mariage de sa fille Louise qui s'est mariée le 5 novembre 1685 paroisse Sainte-Croix.

dimanche, 08 décembre 2019

À méditer

On peut dire sans se tromper que Aldous Huxley fut un visionnaire !

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À lire :huxleya_mondes_c1-7b89a.jpg

samedi, 11 mai 2019

L'humanité en péril

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Elle est en colère, Fred Vargas, et elle le fait savoir comme elle le peut. 

En 2008 déjà elle avait écrit ce message  : Nous y sommes.

Mai 2019 : Où sommes-nous ? Au bord du gouffre. Que dis-je, nous commençons la dégringolade vers le néant et apparemment TOUT LE MONDE ( ou presque) S'EN FOUT.

Lors de la COP 24 qui s'est tenue fin 2018 à Katowice, en Pologne, son texte a été lu par Charlotte Gainsbourg. Prenez le temps de l'écouter :

Si vous êtes un peu plus courageux, vous pouvez également le lire :

Nous y sommes

Par Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente
menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé.

Quand je dis  nous , entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à
l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé  les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en  tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés.

Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont
quelques esprits réticents et chagrins.

Oui. On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé
notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi ou crevez avec moi

Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de
chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au  voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, — attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille — récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).

S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y. Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième Révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

L-humanite-en-peril.jpgDébut mai, Fred Vargas a sorti un nouveau livre, une sorte de réquisitoire et de cri d'alarme ; il s'agit de L'humanité en péril.

Quand j'ai voulu me le procurer il était en rupture de stock. Tant mieux, ça veut dire que les gens se sentent concernés ! Je suis allée le chercher ce matin.

Je ne l'ai donc pas encore lu, mais voici ce que l'auteur nous en dit :  

vendredi, 31 août 2018

Ville close


podcast
Il avait beaucoup neigé durant la nuit et à l'aube de ce petit matin de janvier 1970 je pris quand même la route au volant de ma Coccinelle car c'était la rentrée des classes. L'idée de rouler sous la neige m'excitait beaucoup.

Fais bien attention et téléphone-nous à ton arrivée ! Telles furent les recommandations familiales. 

Il y avait peu de trafic sur la Nationale 10 et j'eus l'impression que les rares voitures croisées faisaient du sur place tellement la route était glissante. La première difficulté apparut dans la côte de Sainte-Maure ; quelques camions avaient été piégés par le verglas et s'étaient carrément arrêtés au beau milieu de la chaussée. Je me souviens avoir fait du slalom pour les éviter.À la sortie de Sainte-Maure je tournai à droite au feu. Là les choses allaient se compliquer car j'entrai maintenant dans la campagne sur une petite route toute immaculée de blanc. On ne distinguait  pas le bas-côté et je roulai donc au beau milieu pour éviter de me retrouver dans le fossé. J'avançai au ralenti sans m'inquiéter du temps qui passait. Après tout j'aurais fort bien pu téléphoner pour dire qu'en raison de la météo je ne pouvais pas venir. 

C'était beau, c'était calme, c'était pur. Personne en vue, j'étais comme seule au monde au milieu de cette immensité blanche. Ce fut un vrai moment d'extase dont je me souviens encore avec volupté quarante huit ans plus tard.

Le chauffage dans ma voiture était très vite trop chaud et je devais donc rouler avec la fenêtre ouverte par laquelle s'échappaient les mélodies de ma radio. Encore trois ou quatre villages à traverser . J'eus l'étrange impression qu'ils avaient été désertés par leurs habitants. Soudain, au bout de la route, j'aperçus la porte d'entrée et je m'engouffrai dans la ville close.

maubert, ville, richelieu

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1999 : La ville close de Franck Maubert.

« Même en hiver, la blancheur du calcaire éblouit jusqu'à aveugler. À travers les vitres du taxi, les rayons d'un soleil bas soulignent les arrondis des champs de craie. Nous délaissons la bretelle d'autoroute. Visions des champs de neige. Le chauffeur, qui m'a embarqué à la gare, ne peut retenir d'une voix enrouée : " Votre ville, c'est le bout du monde ". Nous avançons sur la langue d'un plateau où coule une nationale qui n'en finit pas, traversée par d'autres routes, toutes perpendiculaires. [ ...]

Un sentiment d'éternité s'installe, comme si nous naviguions dans du brouillard. Nous glissons sur le ruban de bitume, avec le sentiment de ne pas avancer, sans horizon ni point de vue. Le lointain laisse juste deviner des bouquets d'arbres et un clocher. [ ... ]

Nous roulons encore une longue demi-heure, dans le ronflement du moteur diesel. Des panonceaux annoncent une zone urbanisée, comme à l'approche de toute ville désormais. De chaque côté de la route principale, des constructions récentes à l'architecture métalliques, des bâtiments industriels si frêles ; une simple pichenette suffirait à les faire s'envoler. L'enseigne jaune et bleu d'un magasin discount clignote en plein jour. Devant une station-service désaffectée, des épaves attendent la casse. Le petit bonhomme Esso, avec sa tête en goutte d'huile, nous salue. Une fois franchi ce secteur sans âme, une cité médiévale surgit, ceinte de murailles. [ ... ]

De part et d'autre d'un pont de pierre, de larges fossés où des chèvres pâturent. Un pont-levis, comme on passe un poste-frontière avec la sensation de ne pouvoir reculer et devoir se confronter à son passé. »

maubert, ville, richelieu

samedi, 05 août 2017

Lectures estivales -1-

Je viens de terminer la lecture du dernier  livre de Régis Debray intitulé Civilisation - Comment nous sommes devenus américains-. Tout un programme  et un constat affligeant, certes, mais inéluctable : Les Français et plus largement les Européens deviennent ce que Debray surnomme des Gallo-Ricains.

Le livre débute par deux citations ; la première est de Paul Valéry en 1939 dans Cahiers:

Je me demande si tout ceci — l'Europe — ne finira pas par une démence ou un ramollissement général. " Au quatrième top — il sera exactement ... la fin d'un Monde".

La seconde citation est tirée des Écrits historiques et politiques de la philosophe Simone Weil (1943) :

Il y va du destin de l'espèce humaine. Car de même que l'hitlérisation de l'Europe préparerait sans doute l'hitlérisation du globe terrestre, accomplie soit par les Allemands, soit par leurs imitateurs japonais — de même une américanisation de l'Europe préparerait sans doute une américanisation du globe terrestre. Le second mal est moindre que le premier, mais il vient immédiatement après. Dans les deux cas, l'humanité entière perdrait son passé.

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Cette transformation de la société se fait de manière sournoise, insidieuse, sans qu'on y prête forcément grande attention. Mais pourtant...

Dans son livre, Régis Debray nous présente un petit personnage, Hibernatus, qui avait vingt ans en 1960 et habitait le Quartier Latin à Paris. Il se retrouva cryogénisé - les progrès de la science !-  et, une fois décongelé en 2010, il retrouve son quartier. 

Extrait :

" Commençant sa tournée matinale par les jardins du Luxembourg, il fut plongé dans la perplexité par le spectacle d'une épaisse colonne d'individus essoufflés, hommes et femmes, jeunes et vieux, en petite tenue, courant le long des grilles, certains tout à leur affaire, la plupart tirant la langue. Punition collective ? Marathon d'arrondissement ? Il n'eut pas le temps d'éclaircir ce point , quand, arrivant au bas de la rue Soufflot, qui menait au Panthéon, vers les grands hommes et la patrie reconnaissante, il ne reconnut pas les deux propylées d'angle. À la place du Café Mathieu ( où les garçons étaient assez antipathiques, ne faisant bon accueil qu'aux Légions d'honneur), se tenait un McDonald's, et, de l'autre côté, à la place du Capoulade (où il avait ses habitudes) se dressait un Quick (Quality Burger Restaurant), le Mega Giant en réclame. Le choc visuel fut absorbé, mais d'autres vinrent à sa rencontre quand il descendit le Boul'Mich. Deux boutiques sur trois étaient de fringues, leurs enseignes en anglais ou en un dialecte approchant. À la file Derby, " Very Good Soldes" en lettres rouges, H.P. Caterpillar, New Shop, Luxury Outlet. Un opticien s'affichait OnOptic, un autre Optical Discount, un pharmacien Sagacosmetics, un autre The Body Shop. Le bureau de tabac, Altersmoke. Le pâtissier Pradier exhibait en vitrine un minute take away. Hibernatus passa et repassa sans broncher devant le Mark & Spencer Food, le Starbucks Coffee, le Gap vestimentaire, au coin de la  rue des Écoles, Baby Gap en bas, Women Gap en haut : normal, que du classique. Mais le coup au plexus fut, à mi-chemin, la grande librairie des Presses universitaires de France, où profs et étudiants, plusieurs fois par semaine, venaient se rafraîchir la tête en regardant les nouveautés, remplacée par un fastueux magasin Nike, le plus beau de tous. La photo d'un grand athlète noir sur la vitrine était barrée, en grosses lettres blanches, d'un  Are you running today ? qui rappelait le passant à ses devoirs de vélocité ( Hibernatus s'expliqua alors l'encombrement du Luxembourg), avec, en gros plan, une Apple Watch, griffée NRC (pour Nike Run Club), Backto basics. Les pieds d'abord. Et le minutage.

Hibernatus poursuivit sa marche, longea le musée de Cluny, ceint d'une palissade avec l'inscription Welcome to Medieval World et une flèche Entrance this way. Curieux de revoir La Joie de lire, la librairie Maspero (4, rue Saint-Séverin), où il avait pris, à vingt ans, ses premiers cours de planète en parcourant à la dérobée toutes sortes de feuilles subversives en espagnol, italien, anglais, roumain, etc ., il traversa le boulevard Saint-Germain et vint à tomber sur un shop de vêtements Celio, Enter on your right. Hibernatus, très secoué, sentit une petite faim. Avisant dans un recoin un petit HD'S Dance prometteur, car intitulé Back to the Fifties (Best Burgers and Shakes), non loin d'un Vintage Standards, magasin de fourrure pourvu d'une bande lumineuse défilante Europa first opening, il alla s'affaler dans ce bistro et commanda machinalement, bêtement, un jambon-beurre : " Nous n'avons pas cela, Monsieur, mais le burger est fait maison." Soit. Un jet de ketchup par-dessus, le sandwich multicouche s'avéra excellent.

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Je m'arrête là, mais avouez quand même que c'est excellent. Personnellement ça aurait tendance à me ficher la frousse. Déjà à la télé la moitié des publicités sont en anglais. Aussi j'ai prévu dans les prochains jours une sortie pour voir si cette intrusion dans nos rues est aussi importante que dans l'exemple de Paris.

Pour en savoir un peu plus.

16:59 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (2)