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vendredi, 27 novembre 2009

426. Célestine Chardon -7-

     LA VIE BIEN ORDINAIRE DE CÉLESTINE CHARDON

Chapitre 7

podcast
C'était Lucie Froju qui venait de sonner.

— Coucou Célestine ! Alors, comment ça va depuis hier ?

— Bien, bien, répondit celle-ci. Tu savais, toi, que nous avions de nouveaux locataires ?

Elles se tutoyaient toutes les deux depuis qu'elles avaient travaillé ensemble aux Nouvelles Galeries. Lucie Froju était une jeune femme chaleureuse, toujours prête à rendre service. Elle avait trouvé en Célestine une oreille attentive à qui elle pouvait se confier quand cela n'allait pas. Et les occasions ne manquaient pas ! Lucie était à la recherche du prince charmant, mais elle avait beau chercher, elle n'avait rencontré jusqu'à présent  que des hommes mesquins, médiocres et pantouflards. Sa peur de la solitude était telle qu'elle choisissait un peu n'importe qui.

— Les nouveaux ? Oui, je sais, Marc m'en a parlé.

Marc Legendre était un ami d'enfance de Lucie qui travaillait dans une agence immobilière située dans le vieux Tours. Il connaissait le quartier par cœur et était au courant de tous les potins.

— Marc m'a dit que c'était un couple en instance de séparation ; lui, c'est un artiste peintre. Il recherchait un petit appart' par ici car il adore le quartier. Mais apparemment il loue pour lui tout seul en attendant de trouver une maison dans la région.

— Quelle drôle d'idée de venir ici ! Et pourquoi spécialement à Tours ? ajouta Célestine très intriguée.

— Ah, il parait qu'il est né à Tours et qu'il avait envie de revoir sa ville natale. Peut-être qu'il va peindre des tableaux du quartier; ce serait amusant, non ? questionna  Julie. 

— Il est connu comme peintre ? renchérit Célestine.

— Il parait que oui, moi je n'y connais rien. Marc m'a dit qu'il faisait parfois les gros titres des journaux, mais surtout pour sa vie privée qui est assez, comment dire, déjantée !

— Comment ça, déjantée ? s'inquiéta Célestine qui imaginait déjà son immeuble envahi par une faune d'excentriques de tous poils.

— Ah, tu sais, les artistes sont des gens bizarres, il parait qu'il picole pas mal et il est souvent entouré d'une bande de gens du même acabit. Ecoute, on verra bien !...Mais je n'étais pas venue pour ça ! Ton invitation pour dix-neuf heures chez Olivier, ça tient toujours ?

— Oui, oui, tu viens, n'est-ce pas ? Je compte sur toi !

— Pas de problème ma petite Célie, je serai là. Tu as eu une excellente idée d'inviter tout le monde chez Olivier. Ça va être sympa... Tiens, au fait, pendant que j'y pense, je récupère mon aspirateur ! Ce n'est pas qu'il me manque, mais je risque de le chercher un peu partout quand je voudrai m'en servir. Allez, à plus Célie!  Et la voilà repartie d'un pas rapide.

C'est Lucie qui, un jour, avait trouvé ce diminutif de Célie pour Célestine. Cela lui allait bien et tous ses amis l'appelaient souvent ainsi. Elle regarde l'heure : dix-sept heures ! Encore deux heures à attendre avant de se rendre chez ses voisins d'en face, le café tenu par Olivier et sa femme, des gens qu'elle affectionne et chez qui elle a donné rendez-vous à tout son petit groupe d'amis pour fêter, joyeusement cette fois, son départ à la retraite. 

Elle n'a pas entendu la camionnette et la voiture partir. Ainsi donc, ils allaient avoir un artiste dans l'immeuble ! Elle réalise qu'elle a oublié de demander à son amie  comment s'appelle ce peintre. Et qu'est-ce qu'il peignait ? Du figuratif ? De l'abstrait ?...

A dix-neuf heures, Célestine poussa la porte du petit café. Quelques-uns de ses amis étaient déjà arrivés : il y avait Pierre, le jeune bouquiniste de la rue, qui depuis une dizaine d'années maintenant vivotait tant bien que mal dans sa petite boutique envahie par les livres ; on y trouvait de tout et c'était peut-être là le problème ! Célestine avait toujours pensé qu'il aurait dû se spécialiser dans un genre, la science fiction ou les B.D, par exemple. Au lieu de cela, il emmagasinait tout ce qu'il pouvait récupérer et n'avait ainsi jamais ce que ses clients recherchaient.

Pierre était en pleine conversation avec Laura, sa copine qui tenait une boutique d'objets qu'elle créait  elle-même, des boîtes décoratives, des bijoux, des mobiles... Son commerce marchait assez bien car elle avait su varier ses créations et les prix étaient très abordables.

Dans la cuisine, Ahmed, l'épicier marocain de la rue, aidait la femme d'Olivier à garnir les assiettes. Ahmed, c'était le rayon de soleil de cette rue, toujours de bonne humeur, toujours chantant et blaguant. Il était marié à une Française, Françoise, qui travaillait comme secrétaire médicale. Ils avaient deux adorables petites filles dont Ahmed était très fier. Il ravitaillait en fruits et légumes tous les habitants de la rue et même du quartier. Son étal méritait qu'on en fasse un tableau !

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Marc était en train d'aider Laura à déballer les acras de morue encore tout chauds que Maria, une autre amie de Célestine, avait préparées durant tout l'après midi. Manquaient encore à l'appel Roseline et Maryse. Roseline arriverait plus tard, c'était prévu. Quant à Maryse, elle devait laisser ses enfants chez son "ex" avant de venir...

Lucie arriva en retard, à cause de ma quiche qui n'était pas cuite ! ajouta-t-elle en signe d'excuse. Olivier avait préparé un punch  à réveiller un mort comme il dit en servant chacun des convives. Puis, profitant que son dernier client venait de partir, il ferma le café et toute la joyeuse équipe continua à discuter tranquillement des nouvelles.

— Dis-donc Marc, fit Pierre, c'est qui le zigoto qui a emménagé cet après midi ? Il n'avait pas grand chose comme meubles. Au bout de deux heures, ils avaient fini de décharger. Et la nana, quelle pimbêche !

— Bof, c'est un artiste, répondit Marc. Il ne fait que passer, il recherche une propriété en dehors de la ville avec pas mal de terres autour. Côté finance, il assure ! Il est parti pour le Maroc tout le mois de juin et revient en juillet. Je suis chargé de lui trouver la perle rare, mais ça ne va pas être coton, car je ne suis pas le seul sur l'affaire, tu penses bien !

— Flûte alors, je les ai loupés, s'exclama Lucie que le punch avait rendue toute excitée. Il paraît que la nana avait une belle voiture ?

— Oui, une M.G, c'est un roadster anglais, la classe..., renchérit Marc. C'est la voiture de madame. Monsieur, lui, ne conduit pas d'après ce que j'ai pu comprendre. En attendant, c'est une affaire en or si je la réussis. Je vais me faire une commission du tonnerre si je lui dégote une propriété qui lui plait, je croise les doigts, fit-il en accompagnant le geste aux paroles. Si ça marche, je vous invite tous au restaurant !

— Oui, bravo, c'est toi le plus beau ! s'écria Lucie et tout le monde d'applaudir, de rire et de bavarder jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Il était deux heures quand Célestine réintégra son petit appartement. Mais, en entrant, elle fut surprise de ne pas trouver Théo. Elle réfléchit pour se souvenir à quel moment de la journée elle l'avait aperçu pour la dernière fois. Bon, à midi il était là puisqu'elle lui avait donné du jambon...Et quand elle est partie à sept heures ? Elle ne se souvenait pas l'avoir vu à ce moment précis. Il se sera sauvé,  cela arrive quelquefois. Il profite d'un moment d'inattention pour se faufiler entre les jambes de Célestine et il va se balader dans le quartier. Elle n'est jamais tranquille dans ces cas-là, elle a peur qu'il se fasse renverser par une voiture ou bien encore qu'il soit kidnappé  pour servir ensuite de cobaye dans un laboratoire.

Célestine a bien du mal à trouver le sommeil ce soir-là. Avant de se coucher, elle a pris soin de laisser la fenêtre ouverte, des fois que son chat  serait grimpé sur les toits... Durant la nuit, d'étranges rêves viennent la harceler : elle voit la pimbêche au volant de sa voiture. Théo est sur la route, immobile. La voiture fonce alors à vive allure, mais au moment où elle va écraser le chat, un homme apparaît brusquement, il prend le chat dans ses bras. La voiture fonce sur l'homme, mais au fur et à mesure qu'elle se rapproche elle devient plus petite et elle disparaît mystérieusement dans le corps de l'homme qui reste impassible. Plus de voiture ! Célestine est au bord de la route, assise sur un banc. Elle a assisté à la scène sans bouger. Elle reconnaît le peintre qui s'avance vers elle. Théo se met alors à parler:

— Tu vois Célestine, j'ai un nouvel ami, il s'appelle Ivan, il m'a sauvé la vie. Tu dois te montrer très gentille avec lui car c'est un homme malheureux.

Elle se réveille brusquement, en sueur. Sa première pensée est pour Théo. Elle se lève précipitamment et va dans la cuisine. La gamelle du chat est intacte. Il n'est pas venu manger !   

Ivan ! D'où sort-elle ce prénom ? Elle a oublié de demander à Marc le nom du peintre. S'appellerait-il Ivan ? Ce serait bien étrange quand même ! Mais sa préoccupation première est Théo. Elle regarde l'heure à sa montre: six heures.

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Pour sûr qu'elle ne va pas se recoucher maintenant. Elle jette un coup d’œil par la fenêtre ; au dehors tout est silencieux et sombre. C’est dimanche…

À suivre

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