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mercredi, 02 octobre 2019

Une semaine en Tchéquie -11-


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Le printemps de Prague, du 5 janvier au 21 août 1968.

La république socialiste de Tchécoslovaquie fait partie des pays du bloc de l'Est sous contrôle des dirigeants de l'URSS.Dans les années soixante, la production industrielle stagne, le secteur agricole est très en retard et le régime est caractérisé par un manque total de démocratie : parti politique unique, répression de la population par la police et le service de renseignements, censure de tous les écrivains et artistes.

La population aspire à plus de liberté sans remettre en cause pour autant le régime socialiste. C'est le 5 janvier 1968 qu'Alexandre Dubcek est nommé premier secrétaire du Parti communiste et la présidence du pays est confié à Ludvik Svoboda. Il met en œuvre aussitôt un programme d'assouplissement.

Mais, à Moscou, Brejnev voit d'un mauvais œil cette émancipation qui risque forcément de faire tache d'huile et de s'étendre aux pays limitrophes (Pologne, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, etc). Il ouvre donc toute une série de négociations avec la Tchécoslovaquie, puis, le 3 août, une rencontre de tous les pays de l'Est a lieu à Bratislava. Il s'agit pour eux de réaffirmer leur fidélité au marxisme-léninisme et à l'internationalisme prolétarien. De son côté, l'URSS se réserve le droit d'intervenir si un système bourgeois visait à s'établir dans un de ces pays. 

En gros, le message était le suivant : Rentrez dans le rang et tout ira bien !

La menace ne fut sans doute pas prise assez au sérieux par le dirigeant tchèque. 

Mardi 20 août 1968, il est 20h30. Des parachutistes russes en civils atterrissent sur un vol de l'Aéroflot à l'aéroport de Prague et en prennent aussitôt le contrôle. Quelques heures plus tard les premiers Antonov An-12 atterrissent et débarquent des troupes et du matériel lourd. Durant la nuit, les chars amassés aux frontières du pays font route vers la capitale. Au petit matin le centre de Prague est investi par les troupes soviétiques, le président Svoboda est en état d'arrestation, la tour de la radio est prise d'assaut. Le soir du 21 août 1968, toute la ville est aux mains des troupes soviétiques.

Dubcek appelle la population à ne pas résister. Il y aura néanmoins près de 150 morts, plusieurs centaines de blessés.

Voilà donc ce que fut le printemps de Prague. J'espère ne pas avoir fait d'erreur dans ce résumé. 

Il en suivit une vague d'immigration ; environ 70 000 Tchéques quittèrent le pays dans les mois qui suivirent. Après le printemps, vint l'automne, c'est à dire la normalisation : procès, arrestations, emprisonnements.

La chape de plomb du communisme retomba impitoyablement sur la Tchécoslovaquie. Il faudra attendre 20 ans pour que les choses se remettent à bouger. 

Je me souviens exactement où j'étais le 20 août 1968. J'avais alors 19 ans et j'avais organisé un voyage avec mes parents dans plusieurs pays d'Europe. Nous étions allés successivement à Rotterdam, Amsterdam, Berlin et nous nous étions arrêtés dans une petite auberge bavaroise pour quelques jours quand la nouvelle de l'invasion de Prague parvint à notre connaissance. Les Allemands — ceux de l'Allemagne fédérale j'entends !—étaient atterrés.

Moi, j'étais très triste : quelques jours auparavant, nous avions eu l'occasion de passer à Berlin-Est et j'avais été profondément suffoquée de voir à quel point la vie y semblait profondément désespérante. Des constructions hideuses, un délabrement des infrastructures, des magasins vides de toutes denrées. Je savais que la vie dans les pays communistes étaient loin d'être joyeuse, mais à ce point ! Apprenant l'allemand et le russe, j'avais plusieurs amies avec qui j'entretenais une correspondance très régulière. Il y avait Irena en Pologne, Evelyn à Berlin, Aline à Odessa, Tatiana à Budapest. Toutes, sans exception, rêvaient un jour de pouvoir passer à l'ouest ...

La vie nous a séparées et je ne sais pas ce qu'elles sont devenues hormis Irena que j'avais revue en 1987 chez elle, à Poznan. Avant la guerre, son père était architecte. Il fut arrêté et envoyé en camp de concentration à Buchenwald, ainsi que son frère. Après la guerre, sa maison fut réquisitionnée par les Russes et elle ne put garder qu'une seule pièce, les autres étant données à d'autres familles polonaises. C'est ainsi que lorsque je suis allée la voir en compagnie de mon mari et de ma fille, nous couchions tous les trois dans cette unique pièce, Irena dormant dans une cabane construite dans le jardin, à côté des toilettes. En 1987 ...

Je ne regrette pas cette expérience car d'abord j'étais heureuse de la revoir, je lui avais apporté plein de choses essentielles dont elle ne disposait pas car difficiles à trouver ou trop chères comme le café, les cigarettes, des médicaments, etc. Enfin, je voulais que ma fille voit la réalité de la vie de l'autre côté du Rideau de Fer.  Mission accomplie !

À notre retour, j'avais fait les démarches nécessaires pour que sa fille, Ewa, puisse venir chez nous en France. Elle passa un mois à la maison.

En France, on ne peut pas vraiment dire que la population a réagi à ces événements. Les gens étaient encore plongés dans Mai 68, et se foutaient franchement de ce qui se passaient ailleurs. Seules les manifs contre la guerre du Vietnam tenaient le haut du pavé.

Quelques photos prises sur le vif :

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" Rentrez chez vous ! "

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En 2003, j'avais photographié le monument aux victimes du communisme :

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Cette fois-ci, je n'ai pas eu le temps d'y retourner.

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