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lundi, 01 mars 2010

81. Sur les bancs de l'école -16-


podcast
Année 1968 :

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Depuis quelques mois je prends des leçons de conduite. Recalée à la conduite une première fois, j'ai le permis en mars.

12 mars : l'île Maurice devient indépendante.

27 mars : Youri Gagarine meurt dans un accident d'avion.

4 avril : assassinat de Martin Luther King à Memphis.

9 avril : premier lancement d'une fusée à Kourou.

En allant au lycée :

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2 mai : à la faculté de Nanterre une journée « anti impérialiste » est organisée. C'est le début des mouvements étudiants. Le mouvement fait rapidement boule de neige, s'étendant bientôt dans les usines malgré la réserve des syndicats, un peu débordés au départ. Pour un historique, cliquez ICI.

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 10 mai : nuit de barricades à Paris.

18 mai : la France est paralysée par des grèves dans tous les secteurs.

20 mai : « La réforme, oui, la chienlit, non ! » général de Gaulle.  

5 juin : assassinat de Robert Kennedy à Los Angelès.

23 juin : élections législatives anticipées en France. Le mouvement gaulliste garde la majorité.

Et puis, le mouvement de contestations multiples finit par s'essouffler. Les gens pensent surtout aux vacances qui approchent...

Pour ma part, je pensais plutôt à l'examen du baccalauréat qui approchait à grands pas. Le lycée avait fermé ses portes à la fin du mois de mai, nous n'avions plus de cours, une partie des programmes avaient été carrément supprimés. C'était le grand foutoir.

Les épreuves écrites au bac furent annulées. Ce fut un bac oral. On a dit que ce fut un bac « bradé »... Il est vrai que jamais auparavant le taux de réussite - 81%- n'avait été atteint !

Le soir des résultats, mes parents m'avaient réservé une surprise. Je découvris dans la cour de la maison une ... 2CV ! Dans l'euphorie, je prends le volant et sors la voiture dans la rue. Et c'est là qu'en reculant  j'emplafonne la voiture du voisin.

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Bon, c'est bien beau tout ça, mais qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Mon rêve était de poursuivre l'étude du russe. Mais pour cela il fallait aller à Paris et mes parents n'étaient pas d'accord. Alors, sans grande conviction, je me suis inscrite à la fac de lettres en section allemand.

En juin encore : première sortie au bal. Cette soirée organisée par les étudiants en médecine-pharmacie avait lieu tous les ans au château d'Artigny à Monts. À l'occasion, je porte une robe longue. Si en bas tout le monde danse, boit et mange, aux  étages supérieurs c'est un tout autre programme qui se déroule dans les chambres...Ah, je vous vois venir avec vos gros sabots ! Eh bien , NON, je ne participe pas aux orgies. Je ne suis pas prête à franchir l'étape, tout du moins pas dans de telles conditions.

Au mois de juillet, Francine et moi sommes allées travailler dans une imprimerie de la rue Giraudot où son père était employé. Nous étions assises autour d'une table ronde pivotante et nous mettions en page un guide culinaire, huit heures par jour, six jours sur sept à amonceler des feuillets... Un travail répétitif et sans aucun intérêt mais qui me fit cependant prendre conscience de ce qu'était le travail en usine et l'ambiance dans le monde ouvrier. Quoique ...je connaissais bien le monde ouvrier, celui des lève-tôt, des gagne-petit. Je les cotoyais tous les matins à six heures, quand - maman étant souvent malade- je faisais l'ouverture du café avec mon père. Tandis qu'il servait les petits café-calva ou des ballons de blanc, je trônais à la caisse pour vendre les cigarettes et les journaux. Ensuite je partais au lycée. Et le soir, après la fermeture, j'empoignais le balai pour ramasser tous les mégots et les saletés qui jonchaient le sol. Mon père passait ensuite avec la serpillère, tandis que ma grand-mère remplissait les rayons de paquets de cigarettes et triait les journaux. Je les aimais bien, tous ces gens simples qui refaisaient le monde à leur manière.

Puis vint le mois d'août. Pour ces dernières vacances avec mes parents, j'avais concocté un sacré périple : la Belgique, les Pays-Bas et Berlin. J'avais fait les réservations d'hôtels, préparé les itinéraires pour chaque jour. Tout se déroula merveilleusement bien avec quelques anecdotes inoubliables :

La découverte des vitrines des prostituées à Amsterdam,  la rixe entre malfrats sur le port au cours de laquelle, pour éviter les balles perdues, nous nous sommes tous retrouvés le nez dans le caniveau. Il faut dire que mon père avait toujours le chic pour nous emmener dans des endroits chauds ! Et s'il n'y avait eu que ça. Je dois bien  reconnaître qu'au volant de sa voiture, il était absolument insupportable ! Il roulait vite, mais surtout il n'aimait pas être doublé. Un jour, alors que nous roulions sur l'autoroute en Allemagne, une Mercédès arrive à notre hauteur sur la voie de gauche. Au volant, un Allemand bedonnant, le bras nochalamment posé sur le siège passager. Arrivé à notre hauteur, il nous jette un regard dédaigneux. Je présage aussitôt une réaction intempestive qui ne tarda pas effectivement. Mon père commence à accélérer, l'Allemand persiste... la course est engagée ! Sur le siège arrière, le bureau des récriminations a ouvert ses portes :

- Raymond, arrête ! Tu as perdu la tête ? Laisse-le doubler ! Arrête ces enfantillages ! Tu vas nous tuer !!...

Peine perdue, mon père ne cède pas, l'Allemand non plus... Dans la voiture les cris sont vite remplacés par des hurlements. Finalement l'Allemand ralentit. Mais ce n'est que pour mieux reprendre son attaque. Cette fois-ci, il cramponne son volant à deux mains, le visage crispé. Mais il a beau faire, il ne réussit toujours pas à doubler. Et la manœuvre est ainsi réitérée plusieurs fois. Je crois qu'à un moment l'Allemand s'est mis à klaxonner. J'ai oublié la fin de l'aventure.

Le passage de la frontière entre l'Allemagne de l'ouest et de l'est fut aussi un moment très fort. Nous attendîmes une éternité - le temps que les douaniers démontent les sièges de la DS  puis le remplissage d'une foule de papiers... Maman fut prise d'une crise de fou-rire incontrôlable  qui faillit bien nous empêcher de passer, le douanier croyant qu'elle se fichait de lui.

Lors d'une visite à Berlin-est, j'ai cru que je n'allais pas repasser à l'ouest, le douanier ne me reconnaissant pas sur la photo.

20 août : nous étions alors dans un petit village de Bavière quand les chars soviétiques sont entrés dans Prague. Je me souviens de la grande inquiétude des Allemands.

Au mois de septembre ma tante invite Francine au Croisic. Nous y passons quinze jours avant la prise des cours à la fac.

13 septembre : l'Albanie se retire du Pacte de Varsovie.

22 septembre : les travaux de reconstruction des temples d'Abou Simbel touche à sa fin. Les deux temples furent démantelés puis reconstruits plus en hauteur, afin d'éviter leur engloutissement par les eaux du Nil. Un travail titanesque !

Rentrée à la fac : nous sommes peu nombreux en section d'allemand, une petite quinzaine et ... une grande majorité de filles ! Nous devons également nous inscrire dans deux matières en option. J'opte pour l'histoire et les lettres modernes sans grande conviction.

12 octobre : aux jeux olympiques de Mexico, les athlètes noirs lèvent le poing en signe de soutien aux mouvements contre la discrimanation raciale aux États-Unis.

20 octobre : Jackie Kennedy épouse l'armateur Onassis.

1er novembre : arrêt des bombardements au Vietnam après 45 mois de largages intensifs.

6 novembre : le Républicain Richard Nixon devient le 37ème président des États-Unis.

20 décembre : mort de l'écrivain John Steinbeck (Les raisins de la colère, Des souris et des hommes etc). Peut-être avez-vous vu le film, c'est un classique du cinéma avec Henri Fonda :

 En 1968 le Festival de Cannes fut annulé en raison des mouvements sociaux.

Durant cette année 1968, on a pu voir (entre autres films) :

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 À suivre

20:51 Publié dans Nostalgie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : souvenirs, enfance, école