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mardi, 03 février 2009

29. Dernière nuit tropicale (2)


podcast

Ils arrivent bientôt à la route principale reliant Cotonou à Lomé, au Togo. Le cybercafé se tient de l’autre côté de cette voie très passante.

A l’intérieur quelques jeunes lèvent les yeux quand ils franchissent le seuil de la petite maison. Alice se sent observée par des regards mi-curieux, mi-amusés. Julien va serrer la main du responsable et ils se mettent à parler dans leur langue. Pendant ce temps, Alice fait le tour de la pièce en regardant les sites sur lesquels les jeunes s’étaient connectés.

Ayant obtenu un code d’accès, Julien lui propose alors de s’asseoir et il lui montre fièrement son site. C’est grâce à l’aide d’un ami belge qu’il a pu ainsi créer sa page web en trois langues et qui propose aux touristes différentes visites dans la région de Grand Popo.

A mon tour à présent, lui dit Alice. Elle tape alors l’adresse de son blog et on voit apparaitre sur l’écran le visage d’une gamine malicieuse.

C’est toi ? lui demande Julien.

Eh oui, fait-elle en soupirant et souriant à la fois.

Au-dehors la nuit vient de tomber sans bruit. Elle se lève alors et va régler la connection.

Garde ton code, lui-dit-elle, il te reste du temps encore puisque j’ai pris une heure. Maintenant, si tu veux bien, on va rentrer à l’auberge.

Les voilà de nouveau sur la route. Elle remarque qu’il n’a pas pris le même chemin qu’à l’aller, mais cela ne l’inquiète pas plus que cela car elle sait où elle est.

Il tourne soudain à droite dans une ruelle sombre. L’asphalte laisse place à de la terre ocre et poussiéreuse. Soudain, alors qu’ils passent devant un homme assis au seuil de sa cabane, ce dernier se met à crier quelque chose qu’Alice ne comprend pas mais Julien stoppe aussitôt et lui demande de descendre.

Que se passe t-il ?

J’ai crevé, lui répond Julien en regardant sa roue arrière, puis il fait demi-tour et pousse son scooter vers une espèce de taudis sombre devant lequel se tiennent quelques hommes, assis par terre.

L’endroit est glauque et Alice se sent soudain très mal à l’aise. Elle n’a pas peur, non, mais elle ne se sent pas à sa place, elle a l’impression désagréable de faire tache dans ce décor miséreux. Pendant ce temps, Julien a confié son scooter à un gamin en haillons qui aussitôt s’affaire sur l’engin. Le temps semble terriblement long à Alice qui cogite alors les possibilités de partir au plus vite de ce lieu.

Ça va demander longtemps la réparation ? demande t-elle à Julien qui ne répond pas.

Bon, je ne vais pas attendre ici plus longtemps, finit-elle par lui dire. Je pars à pied devant et tu me rattraperas en cours de route.

Et elle sort de son sac une lampe torche. Elle est futée cette Alice quand même ! Avoir prévu de prendre sa lampe la remplit d’aise. Ce qui l’enchante beaucoup moins, c’est de savoir qu’elle va devoir parcourir au moins cinq kilomètres à pieds !  Elle calcule le temps qu’il va falloir pour arriver jusqu’à l’auberge : plus d’une heure, c’est certain. Cependant l’itinéraire est tout simple : il suffit de continuer sur cette piste, puis une fois au bout, tourner sur la gauche. Après, c’est tout droit certes, mais bien long…

Non attends, ne t’en vas pas, crie alors Julien en se précipitant et la retenant par le bras.

Alice, je t’en prie, patiente encore un peu…

Il a l’air sincère et navré, il n’a pas desserré son étreinte et Alice finit par céder.

 

A suivre…

28. Carnet de voyage au Bénin -5-

Dimanche 18 janvier : de Dassa-Zoumé à Parakou

 

carte2.jpgLever à 7h en même temps que le soleil.

Dassa est une ville entourée de pitons rocheux. On dit qu’il y en a 41, mais en fait ils sont beaucoup plus nombreux et assez inhabituels dans cette région plate. Avant de reprendre le train nous partons donc à l’escalade d’une de ces collines, lieu de culte vaudou où des sacrifices rituels sont toujours effectués lors du décès d’une personne.

Evoluons, évoluons ! s’exclame Joseph.

dassa1 (2).jpg

On fait ce qu’on peut mon pauvre ami, aurais-je tendance à lui répondre en gravissant à grand-peine les rochers qui traversent  le village à flanc de colline et où les enfants et les adultes se déplacent avec la grâce et l’agilité des cabris.

dassa2 (2).jpg

 

Tout en haut, on a une jolie vue sur la ville. Une petite maison sert de temple et l’accès y est interdit. On peut cependant photographier depuis la porte extérieure les nombreux fétiches qui remplissent l’unique pièce.

dassa3 (2).jpg

Après ce petit moment sportif on retourne au train et le voyage se poursuit tranquillement plus au nord, jusqu’à la ville de Parakou.

Au menu du midi :

Lapin, pommes de terre et mangues. Hum, ces mangues, un vrai délice ! (le lapin aussi d’ailleurs).

Il est environ 17h lorsque le train arrive à son terminus.

Tout le monde descend ! La ligne ferroviaire ne va pas plus loin.joseph1.jpg Voici Joseph, notre guide.

Nous sommes logés à l’auberge de Parakou qui ne dispose que de 7 chambres. chambreparakou.jpgJ’obtiens la chambre 1, la seule qui soit au rez-de-chaussée. Un couple sera logé dans l’hôtel  voisin. C’est le fameux hôtel où le petit futé indique que l’état de l’établissement est vétuste et où l’on trouve différents insectes dans les chambres. Avec ma lampe je fais un tour détaillé de tous les coins et recoins, sous le lit. Ouf, il n’y a rien ! aubergeparakou.jpgEt l’endroit n’a vraiment rien de vétuste. Le seul inconvénient pourrait être le bruit dû à la rue. Personnellement cela ne m’a pas gênée. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Après la douche, je décide d’aller dans un cybercafé. Devant l’hôtel je hèle un « zem », ces motocyclistes-taxis qui se déplacent très aisément pour un prix très modique. Ils sont facilement reconnaissables car ils portent une chemise jaune avec un numéro d’identification. Il faut un certain temps pour trouver un endroit ouvert car nous sommes dimanche et beaucoup de magasins sont fermés, repos dominical oblige.

Mon zem s’appelle Hassan et comme il est sympa, je lui propose de venir me rechercher une heure plus tard pour me raccompagner à l’hôtel. Voici un extrait de la balade en moto.

Il est 19h lorsque je rejoins l’hôtel. C’est à ce moment-là que l’on apprend l’accident ! Un des touristes du groupe est tombé dans un trou. Et devinez qui c’est ? Oui, Jean-Claude. tranchée.jpg

En se rendant à l’hôtel voisin, il n’a pas vu que tout le long de la rue il y a une énorme tranchée servant à recevoir les eaux au moment de la saison des pluies. IVoici la fameuse tranchée photographiée de jour.Il faut dire que l’éclairage des rues est minimal, parfois même inexistant. Il s’est fait mal : le bras est bien écorché et il a probablement une côte fêlée. Par chance il y a deux infirmières dans notre groupe et il est aussitôt pris en charge. Il aurait pu effectivement se faire très très mal. Rassurez-vous : le reste du voyage s’effectuera sans autre incident pour notre ami Jean-Claude.

Nous passons peu  après à table. Au menu du soir :

Beignets d’aubergine, sauté de porc avec petits pois et riz, salade de fruits frais.

Je commence à ressentir les courbatures de la grimpette du matin !

 

A suivre…

Enfin, pour clore cette journée, voici le deuxième diaporama qui regroupe les photos prises entre Dassa-Zoumé et Parakou.

BÉNIN -2-

12:49 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : voyage, bénin, afrique

27. Dernière nuit tropicale -1-


podcast

Le soleil décline peu à peu dans le ciel plombé et la chaleur se fait plus douce. Seul le grondement violent et irrégulier des vagues déferlant sur la plage vient rompre le silence des lieux.

Alice est venue tôt car elle sait que ce soir est son ultime chance de pouvoir photographier le coucher du soleil au-dessus de la mer. La plage s’étend à l’infini, bordée de palmiers penchés de façon très irrégulière. Au loin on peut apercevoir les quelques barques des pêcheurs du village alignées sagement sur la grève.

Pour son dernier soir, Alice a revêtu sa robe noire fendue sur les côtés qui lui donne un air chic et sobre à la fois. Elle a posé son sac à dos sur un des fauteuils de la plage mis à disposition des touristes sous de larges parasols en paille. Mais les touristes de l’auberge située au bord de la plage sont repartis, hormis deux ou trois couples et une Finlandaise.

Après avoir minutieusement regardé dans le viseur et réglé tout aussi minutieusement l’objectif, elle s’apprête à appuyer sur le déclic quand soudain elle aperçoit un homme.

Flûte alors, quel emmerdeur, il ne peut pas se foutre ailleurs celui-là ? dit-elle à mi-voix tout en abaissant les bras.

L’homme est jeune, la trentaine tout au plus, élancé, l’allure sportive. Il est vêtu d’un pantalon sombre et d’un tee-shirt jaune d’or qui tranche sur sa peau couleur ébène. Il s’avance dans sa direction en arborant un large sourire :

Bonjour, je m’appelle Julien et je suis guide à l’auberge. Vous êtes en vacances ici ?

Le ton est chaleureux et la mauvaise humeur d’Alice disparait aussitôt.

Bonjour, moi c’est Alice. Oui, je suis à l’auberge avec deux amis. Mais nous partons demain. Aussi j’en profite pour faire des photos, j’aimerais avoir un beau coucher de soleil avant mon départ.

Et la conversation s’installe peu à peu. Julien lui énumère les lieux qu’il fait découvrir et Alice lui raconte son périple à travers le pays et les impressions qu’elle en retire. Ils finissent bientôt par se tutoyer.

Ce qui m’a un peu dérangée, c’est de ne pas trouver de cybercafé ici pour aller sur mon blog, conclut-elle.

Mais si, il y en a un, il est situé sur la route principale ! Si tu veux, je peux t’y conduire.

Voyons voir, quelle heure est-il ? Dix-huit heures trente. C’est loin d’ici ?

Non, il faut environ quinze minutes à scooter.

Bon, d’accord, je veux bien y aller, mais je dois rentrer au plus tard à dix-neuf trente pour le dîner avec mes amis.

Ne t’inquiète pas, tu sais, ici en Afrique, il n’y a jamais de problèmes…

Il n’y a que des solutions, je sais ! rajoute Alice en riant.

Le scooter de Julien est garé à l’entrée de l’auberge et bientôt ils s’élancent sur la piste ocre en direction de la grande route.

Alice, qui avait passé ses bras autour de la taille du jeune homme par crainte de tomber, finit par desserrer son étreinte et pose pudiquement ses mains sur ses épaules. Elle se souvient alors de la toute première fois où elle est montée sur une moto. C’était en Allemagne de l’est, à Greifswald, ville universitaire située au bord de la mer Baltique et où elle séjournait pour un mois afin de parfaire son allemand. Durant son séjour elle avait reçu la visite d’un de ses nombreux correspondants, journaliste à Berlin-est. Il avait fait le trajet aller-retour uniquement pour la revoir. Elle avait à l’époque vingt et un ans, c’était en 1970. Car Alice a bientôt soixante ans, mais elle préfère dire quarante-vingt ans, elle trouve que ces deux nombres reflètent les deux plus beaux âges d’une femme.

Le fait de penser soudainement à son âge la plonge dans une profonde tristesse…

 

A suivre