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vendredi, 05 décembre 2008

En partance (2)

podcast

 

Barcelone 227a.jpgLe soir les bars à tapas étaient assiégés par une faune très hétéroclite, mélange de touristes en mal d’exotisme et de sensations fortes, de marins venus de tous les horizons. On y parlait espagnol, anglais, allemand,russe… Tard dans la nuit des bagarres animaient les ruelles sombres et sales du Barri Xino. Marc commençait à se décourager. Cela faisait déjà plus d’une semaine qu’il était dans cette pension minable et ses maigres économies ne lui permettaient pas d’y séjourner éternellement. Il lui fallait à tout prix trouver un embarquement ou alors un emploi sur le port. Il partit donc très tôt ce matin là en direction des quais.

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Déjà les grues étaient en action, déchargeant les containers des navires ou bien les chargeant au maximum. Les chariots faisaient la navette entre les entrepôts et les quais. Soudain il entendit la sirène d’une voiture de police. Celle-ci passa à toute vitesse pour s’arrêter un peu plus loin sur le quai, le long d’un navire.

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Une ambulance suivait, sirène hurlante. Marc pressa le pas pour voir ce qui se passait. La passerelle avait été mise en place et on descendait un homme sur une civière, tandis que les hommes de la Guardia montaient à bord. Du pont inférieur, quelques marins regardaient la scène, impassibles. Sur le quai, les dockers s’étaient également approchés de l’ambulance. Sur la civière, l’homme poussait des beuglements. L’ambulance partit immédiatement et disparut dans un nuage de poussière. Le bruit de la sirène se perdit peu à peu dans le brouhaha de la ville. Quelques marins étaient descendus du navire et discutaient avec les dockers. Sans doute devaient-ils relater l’événement et Marc s’approcha pour en savoir davantage. 
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Oh, une bagarre à bord qui a mal tourné
, répondit un des marins en se retournant vers Marc. C’est le cuistot qui s’est engueulé avec un des Indiens et ce dernier lui a fichu un coup de couteau dans le bide. Dans le coup, on se retrouve sans cuistot…» Sans cuistot ! Un déclic s’opéra aussitôt dans le cerveau de Marc. Voilà peut-être l’occasion rêvée de pouvoir embarquer ? Après le collège, il avait passé un BEP de cuisine et si le milieu familial l'avait un peu plus soutenu, il aurait aimé faire une école hôtelière.
A suivre... (peut-être)

PS : je n'ai pas encore décidé de la suite à donner !

 

jeudi, 04 décembre 2008

En partance (1)


podcast

Barcelone 115a.jpg

 

Depuis son arrivée à Barcelone, Marc passait toutes ses journées à déambuler sur les quais, observer le trafic des bateaux, causer avec les marins quand cela était possible. Il baragouinait un peu l’espagnol, souvenir lointain d’un collège où il avait passé quelques années à végéter, attendant d’avoir seize ans et de foutre le camp loin, très loin d’ici, de cette cité où aucun débouché ne pouvait se présenter.

C’est sûr, il aurait pu faire comme les copains, glander toute la journée, traficoter de-ci, de-là… Mais Marc était d’un tempérament curieux et il voulait voir du pays, comme on dit.

Bref, il était décidé à rouler sa bosse, à bourlinguer. Un moment même il eut l’envie de s’engager dans la marine. Mais c’était un rebelle et il sentait bien que côté discipline, il aurait eu fort affaire avec ses supérieurs.

Petit à petit, il posa des plans sur la comète. Il avait réussi à économiser un peu d’argent grâce à quelques intérims effectués sur des chantiers et il avait fait faire en douce son passeport, en bonne et due forme. Puis il s’était constitué un paquetage dans un grand sac à dos qu’il cachait dans un coin de la cave. Personne n’était au courant de ses projets, hormis son meilleur copain, Pedro.

pension.jpgPedro avait grandi dans la même cité que Marc,  mais tout petit déjà il savait qu’il voulait devenir routier. C’était un courageux, un tenace. Il passa son permis poids lourd et s’acheta à crédit son premier camion. A vingt-cinq ans, il était son propre patron et c’est lui qui proposa  à Marc de le descendre jusqu’à Barcelone. Il connaissait une pension pas trop chère dans le Barri Xino et lui fournit l’adresse. 

Marc rêvait déjà de l’Amérique du sud, le canal de Panama, Valparaiso…Cela faisait deux jours à présent que Pedro avait laissé Marc sur les quais. Les deux jeunes hommes s’étaient fait l’accolade et Pedro avait souhaité bonne route à son vieux copain…

Depuis deux jours donc, Marc était en quête d'un bateau en partance, il arpentait les quais, se renseignait auprès des marins dans les bars à tapas.

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A suivre

mardi, 25 novembre 2008

Le mauvais chemin (fin)

Il faisait doux, Marcel  n’était pas pressé de rentrer chez lui. Et contrairement à son habitude, il changea de trajet, il passa par les bords de la Loire, à l’opposé de son lieu d’habitation, histoire de voir les pêcheurs. Pendant ce temps, le petit Louis était arrivé depuis déjà un bon moment place Rabelais et toujours pas de Marcel en vue. Il commençait à s’inquiéter, il ne savait pas quoi faire. Son père lui avait dit d’attendre, oui, mais combien de temps fallait-il qu’il reste là ? Il aperçut soudain un cycliste qu’il reconnut. C’était un employé de la cité qui travaillait avec Marcel. Il alla au devant de lui et lui demanda s’il savait où était Marcel. « Marcel ? Ça fait déjà un bon moment qu’il est parti ! Il doit être chez lui ou au bistro à l’heure qu’il est ! Pourquoi ? » Le gamin lui expliqua les raisons de sa présence ici et l’autre eut soudain un air grave. « Mince, dit-il ça sent mauvais tout ça ! Reste là, moi de mon côté je vais voir si je ne le vois pas dans le coin ». Il repartit en sens inverse.

oct24.jpgMarcel venait de rejoindre le boulevard Tonnellé. Il longea l’hôpital Bretonneau puis  atteignit bientôt sa rue… Au moment où il tournait, il aperçut alors l’arrière noir de la traction devant sa porte. Mais c’était déjà trop tard. Le conducteur de l’autre traction l’avait vu arriver et la voiture se positionna juste derrière lui. Deux hommes en sortirent brusquement et se précipitèrent sur Marcel qui tomba de vélo. Ils le jetèrent sans ménagement dans la voiture qui redémarra aussitôt et disparut bientôt. L’autre traction klaxonna et bientôt on vit deux hommes en imperméable sortir. Ils soutenaient la pauvre mère de Marcel, le visage ensanglanté et la poussèrent à l’intérieur de la voiture. Marcel fut conduit dans les locaux de la Gestapo. Là on le tortura pour obtenir des informations. Quelles informations aurait-il bien pu fournir ? Il ne connaissait rien du véritable réseau .Son arrestation était arrivée à la suite d’une lettre anonyme. Quelques semaines plus tard Marcel fut fusillé.  Sa mère fut envoyée quelque part loin, très loin de chez elle, dans un endroit d’où peu revinrent. Elle mourut à Matthausen en 1944.

Depuis, tous les ans à la date anniversaire de la mort de Marcel, les anciens de la cité déposent une gerbe de fleurs devant la maison, sous la plaque qui a été  scellée dans le mur de la maison et qui rappelle aux plus jeunes les misères qu’ont vécues les générations précédentes.

FIN

lundi, 24 novembre 2008

Le mauvais chemin (2)

C’était en fin d’après midi. Tout était bien calme dans le quartier. Dans le café quelques vieux discutaient à une table et le patron, tout en essuyant les verres, écoutait leur conversation. traction.jpgSoudain deux tractions noires passèrent au ralenti devant le café. A l’intérieur de chacune d’elles il y avait trois hommes, la mine sombre, le regard à moitié caché par un feutre. L’une des voitures s’arrêta le long du trottoir un peu plus loin tandis que l’autre continuait sa route.

 Ça ne présage rien de bon, se dit en lui-même le cafetier. Les vieux avaient regardé passer les tractions. Eux aussi avaient reconnu les voitures de la Gestapo. Une espèce d’angoisse saisit alors tous les clients qui finirent rapidement leur verre et rentrèrent bien vite chez eux. Environ une demi-heure plus tard, la porte du café s’ouvrit et le patron reconnut le vieux Michaud, un retraité de la cité. Sa maison était contiguë à celle de Marcel. Il était tout essoufflé, sans doute avait-il marché très vite. Lui qui ne pouvait se déplacer sans sa canne, il avait dû faire un réel effort car il était en sueur. Il s’avança jusqu’au comptoir et bredouilla : « La Gestapo est chez Marcel ! J’ai entendu sa mère crier et j’ai vu la voiture dans la rue… Ils sont en train de tout casser à l’intérieur de la maison. Je suis passé dans le jardin par derrière pour sortir. Il faut prévenir Marcel qu’il ne rentre pas chez lui car ils l’attendent. »

Comment faire ? Marcel n’était pas encore rentré du boulot ; il revenait toujours aux environs de vingt heures et il était déjà dix-neuf heures trente. Le patron eut alors une idée :

 « Vous connaissez le chemin qu’emprunte Marcel quand il revient ?

 —  Oh  oui, ça c’est facile vu qu’il a ses habitudes de bistro. Il  prend par la place Rabelais , puis la rue du Plat d’Etain.

—    Bon, dit le patron, on va envoyer quelqu’un pour tâcher de l’intercepter.»

Il sortit dans la cour et aperçut son fils en train de nettoyer son vélo. « Louis, viens là deux minutes. J’ai à te parler.» Il lui expliqua la situation et le chargea d’aller au devant de Marcel avec son vélo.

« Tu vas jusqu’à la place Rabelais et si tu ne l’as pas croisé avant, tu attends. Tu as compris ?

—    Oui, oui, » fit le gamin, ravi qu’on lui confie une telle mission d’importance. Il prit aussitôt son vélo et fila en direction de la rue du plat d’Etain.  Au même instant Marcel venait de quitter l’entrepôt.

A suivre

samedi, 22 novembre 2008

Le mauvais chemin (2)

Dans le journal du lendemain, un article mentionnait le sabotage d'une voie ferrée durant la nuit. Les dégâts, sans être importants, bloquaient cependant le trafic des marchandises pendant un certain temps. Le cafetier repensa alors aux propos de Marcel, la veille au soir et il fit tout de suite le rapprochement. Il n'avait pas tort... En quittant discrètement sa maison, Marcel avait été rejoindre deux acolytes de boulot, deux têtes brûlées comme lui et qui voulaient, à leur façon, résister à l'occupant. Ils auraient pu intégrer un réseau de résistance, il y en avait un dans la région. Mais on n'avait pas voulu d'eux, les responsables les ayant jugés trop dangereux pour les autres. Donc ils opéraient tous les trois en marge du groupe existant. De plus ils connaissaient très bien le réseau ferroviaire pour y travailler quotidiennement et quand ils en avaient l'opportunité, ils dérobaient à l'entrepôt le matériel nécessaire à leurs actions.

Le soir même, Marcel se rendit au café après son travail. Personne ne lui prêtait attention et cela le contraria. Il avait envie de crier: « Eh les gars! C'est moi qui ai fait sauter la voie ferrée cette nuit! Comme ça, les Boches, ils peuvent plus nous piquer ce qui est à nous! » Il passa commande d'un petit blanc. Le patron le servit au comptoir et lui dit tout bas: « Retrouve-moi dans la cour dans dix minutes. »Puis il prit son panier à bouteilles et fit mine d'aller chercher du vin à la cave. Marcel but tranquillement son verre et quelques instants plus tard se dirigea vers les toilettes situées dans la cour. Les deux hommes se retrouvèrent face à face.

« C'est toi qui as fait sauter la voie cette nuit ? 

— Oui, ah ! Enfin quelqu'un qui porte de l'intérêt à ce que je fais avec mes potes !

— Là n'est pas le problème Marcel. Tu sais très bien que les Allemands sont de plus en plus sur la défensive depuis qu'ils perdent la guerre sur le front de l'est. Tu parles beaucoup trop. Tu dois te méfier de tout le monde, même de tes voisins les plus proches ! Tu te rappelles quand les Allemands sont arrivés dans la région ? J'étais mobilisé et j'ai dit à ma femme et à mon fils d'aller se réfugier à Bayonne. Quand ils sont revenus, la maison avait été cambriolée. Ce ne sont pas les Allemands qui nous ont volés, non, non, ce sont bel et bien les voisins ! Tu ne me crois pas, hein...et pourtant c'est vrai. L'autre jour, ma femme est allée chez madame P...  faire retoucher une robe et qu'est-ce qu'elle a vu sur la table de la cuisine ? Une de nos petites cuillers en argent, elles étaient facilement reconnaissables car elles étaient gravées. Elle a fait celle qui n'avait rien vu, mais tu parles d'un choc ! Alors, quand je te dis de faire gaffe, j'ai mes raisons. Et puis, pense à ta mère ! Qu'est-ce qu'elle deviendrait s'il t'arrivait malheur ? » 

Marcel écoutait, l'air penaud comme un gamin qui se fait réprimander par son instituteur. Au fond de lui, il savait que le cafetier avait raison. Il avait manqué un père à Marcel, le sien était mort accidentellement quand il était tout jeune et sa mère n'avait pas eu l'autorité suffisante pour apprivoiser ce jeune chien fou qu'il était devenu. Il jura sur la tête de sa mère de se contrôler, de boire un peu moins...

Cela dura quelques mois, puis les mauvaises habitudes reprirent le pas et de nouveau il joua les fanfarons. Mais entre temps la situation s'était modifiée. Le réseau des résistants avait mené des actions d'ampleur où il y avait eu des soldats allemands blessés et tués. Des otages français avaient alors été fusillés. Le journal continuait d'annoncer épisodiquement des sabotages ferroviaires et Marcel de se vanter à haute voix que c'était lui et ses potes les instigateurs ! Jusqu'au jour où...

A suivre