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lundi, 27 mai 2013

89. Carnet de voyage en Ukraine -8-

podcast

Petite présentation du Dniepr-Princess :

 

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Ce bateau de croisière fut construit en 1976 et totalement rénové en 2003. Il compte 150 cabines et peut recevoir 280 passagers.

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Il compte cinq niveaux :

Niveau 1 : réservé au personnel.

Niveau 2 : pont principal où se trouve la réception.

Niveau 3 : pont supérieur

Niveau 4 : pont des CANOTS (c'est là que se trouvait ma cabine).

Niveau 5 : pont-soleil pour les amateurs de bronzette.

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On est loin du grand luxe des actuels bateaux de croisière, mais c'était propre et bien entretenu.   

Tonnage :3570

Largeur : 16m

Longueur : 129m

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À bord, on trouve deux bars, deux restaurants, un salon de coiffure, un service de lavage, une infirmerie et une petite boutique de souvenirs (bien pratique pour acheter les timbres et les petits cadeaux de dernière minute).

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Enfin, il y a des CANOTS DE SAUVETAGE !

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dimanche, 26 mai 2013

88. Carnet de voyage en Ukraine -7-

podcast

Voici quelques poèmes écrits par Tarass Chevtchenko :

 

LA CHANSON DU DNIEPR

 

Le large Dniepr mugit et gronde

Sur lui hurle un vent de damné

Il tord les grands saules inclinés

Soulève des montagnes d’onde.

 

La lune sort de son nuage

Et, comme une barque argentée

S’enfonce dans la mer bleutée,

Elle émerge, pâle, et surnage.

 

Les coqs n’ont pas chanté : À peine

Un ou deux bruits, tout dort. Parfois,

Les hulottes crient dans le bois

De temps en temps grince le frêne.

 

LE SOIR

 

C’est la maison que les cerisiers environnent.

Autour des cerisiers les hannetons bourdonnent,

Les hommes du labour reviennent peu à peu ;

Et les filles en chœur chantent et papillonnent,

Cependant que la mère attend devant le feu.

 

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La famille est déjà réunie, elle dîne,

L’étoile du berger au levant s’illumine.

Une des filles sert la soupe et puis le pain,

La mère va prêcher la pieuse doctrine,

La voix du rossignol la fait taire soudain.

 

Les tout petits enfants ont sommeil, et la mère

Les couche doucement dans la nuit presque claire.

Et s’endort elle-même à côté d’un berceau

Et seuls restent encore sonores, sur la terre,

Des filles, les chansons et le chant de l’oiseau.

 

SI VOUS SAVIEZ …

 

Si vous saviez mes beaux messieurs,

Si vous saviez combien l’on pleure,

Vous cesseriez vos chants, vos chœurs

Et vos louanges au bon Dieu !

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Je ne sais pas pourquoi l’on dit

Que c’est ici le paradis

Je refuse ce nom pour toi,

Chaumière dans le petit bois !

Il n’est pas de maux, de misère

Qu’on n’ait connu dans ma chaumière.

Dans ce bosquet tranquille et calme

J’ai versé mes premières larmes !

 

Sur les bords de l’étang limpide

J’vois le petit bois qui s’incline.

Tranquilles, les saules se penchent

Vers l’eau claire et baignent leurs branches.

 

C’est ici que mourut ma mère …

J’étais serf, tout comme mes frères.

J’ai connu l’enfer, l’esclavage

O, chaumière au bout du village !

 

Partout des pleurs, du sang partout.

O, Dieu, te moques-tu de nous ?

Il n’est rien de sacré sur terre !

Des hommes t’ont renié, que faire ?

 

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Autoportrait du poète écrivant le poème suivant :

LE TESTAMENT

Quand je mourrai, enterrez-moi

Au milieu de nos plaines,

Sur un tertre au milieu des steppes

De ma si douce Ukraine,

Pour que je voie les champs immenses,

Les rives escarpées,

Que je puisse entendre le Dniepr

Mugir à mon côté.

Quand le fleuve, loin de l’Ukraine,

Dans la mer bleue profonde

Versera le sang ennemi,

Je quitterai ce monde,

Champs et collines …Volerai

Au royaume de Dieu

Pour prier … Mais en attendant

Je ne connais pas Dieu.

Enterrez-moi et dressez-vous,

Brisez les fers maudits,

Arrosez votre liberté

Du sang de l’ennemi !

Et que dans la grande famille,

Délivrée de ses chaînes,

Avec des mots doux et paisibles

 De moi l’on se souvienne.

Autoportrait, 1860 :

 

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87. Carnet de voyage en Ukraine -6-

podcast

Dimanche 12 mai : escale à Kanev.

 Proverbe du jour : À bon vin point d’enseigne.

07h00  Réveil musical et passage de l’écluse de Kanev.

07h15  Petit-déjeuner

08h30  Arrivée à Kanev

09h00  Départ à pieds pour la visite du musée de Tarass Chevtchenko.

12h00 Ambiance musicale au bar Panorama.

12h30  Déjeuner

14h00  Initiation à l’art ukrainien au Sky bar.

16h00  Appareillage du bateau

16h20  Exercice de sauvetage. Merci de bien vouloir mettre vos gilets de sauvetage se trouvant sous vos lits et d’attendre les instructions devant la porte de vos cabines. Merci pour votre compréhension.

17h00  Conférence de Yaroslav au Sky bar : L’Ukraine, carrefour fluvial.

19h00  Dîner

19h30  Passage prévu du pont de Tcherkassy, le pont le plus bas sur le Dniepr.

20h30  Présentation des costumes ukrainiens au Sky bar.

 

La navigation sur le Dniepr a donc commencé depuis hier soir. Voici l’itinéraire que nous allons emprunter :

Après Kherson, nous entrons dans la mer Noire et allons jusqu’à Sébastopol où le bateau accostera pour deux jours. De là nous irons en bus à Bakhtchissaraï puis à Yalta. Enfin le bateau reprendra la mer et nous finirons cette croisière à Odessa.

 

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Pour l’instant nous passons l’écluse avant l’arrivée à Kanev.

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Après le petit-déjeuner nous partons à pied jusqu’au musée dédié à Tarass Chevtchenko (1814-1861). La tombe de cet artiste, à la fois  grand poète et peintre, est située sur une colline boisée dominant le Dniepr.

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Le musée présente de nombreux tableaux, des écrits, des objets lui ayant appartenu et la visite s’avère très intéressante. Outre ses talents artistiques, Chevtchenko lutta toute sa vie pour faire abolir le servage. Il fit partie d’une confrérie secrète et ses écrits lui valurent d’être exilé à maintes reprises. L’année suivant sa mort, le servage fut aboli. Les Ukrainiens vouent un vrai culte à Chevtchenko et il n’y a pas une ville qui ne possède, soit une école, soit une rue, soit une statue portant son nom.

Autoportrait :

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Retranscrire des poèmes dans une autre langue est une tâche périlleuse. Mais Youri nous a proposé une traduction en français de quelques poèmes que j’ai trouvés très beau, moi qui ne suis pourtant pas portée sur la poésie. Cela fera l’objet de la prochaine note. 

Après le déjeuner, je pars en balade avec mon amie tourangelle. Elle a réservé un taxi qui nous emmène à Kanev. On pensait passer une heure dans la ville, mais quand on arrive, on comprend tout de suite qu’en un quart d’heure on en aura fait le tour ! En fait, il n’y a rien à voir, hormis l’église et la gare routière. Une petite ville paisible un dimanche après-midi, on connait ça aussi en France ! Le chauffeur de taxi, qui nous a attendues, n’est pas surpris de nous voir revenir et il nous ramène au bateau. Finalement, nous prenons un pot à bord.

16h20 : une alerte se fait brusquement entendre ! Ah oui, c’est l’exercice de sauvetage.  Bon, pas de panique, je prends la bouée située sous le lit, je passe la tête dans le trou et je sors de ma cabine. À côté, au bar, les bridgeurs continuent de taper le carton, indifférents. Bah quoi ? Ils sont exemptés d’exercice ceux-là ?

Un matelot arrive bientôt pour vérifier si la bouée est bien mise. Ah oui, mince,  je n’ai pas attaché les cordons. Je m’attendais à ce, qu’ensuite, on nous conduise vers les canots de sauvetage où chacun, dans une grande discipline, aurait pris sa place dans la file d’attente pour embarquer.

— Après vous !

—Je vous en prie, je n’en ferai rien,  passez donc le premier !

Mais non, rien. On rentre dans la cabine et on remet la bouée à sa place.

Après le dîner, tout le monde se précipite vers le pont soleil pour voir le passage sous le pont.

— Mince, c’est vrai qu’il est drôlement bas !

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L’effet d’optique est saisissant jusqu’à la dernière seconde.

— Ouf, c’était juste quand même ! (quelques centimètres seulement).

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Après toutes ces émotions je regagne ma cabine. Demain sera un autre jour !

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04:41 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : croisiere, dniepr, ukraine

samedi, 25 mai 2013

86. Carnet de voyage en Ukraine -5-

Avant de poursuivre ce récit de voyage, il me parait utile de vous donner quelques informations supplémentaires concernant en particulier la situation géo-politique de l'Ukraine. Ce pays, coincé entre l'Europe et la Russie, a bien du mal à trouver son autonomie, trop dépendante de la Russie pour les ressources énergétiques (gaz et pétrole). Il est intéressant de remarquer que le Dniepr semble délimiter une frontière politique, la rive droite se tournant plus volontiers vers l'ouest et une économie de marché tandis que la rive gauche, peuplée en majorité de Russes d'origine, aspire à un rapprochement avec la Russie.

Le document que je vous propose date de 2005. Depuis, bien des évènements politiques ont eu lieu. Les Ukrainiens, très déçus par  la politique de Viktor Youchtchenko et ses promesses non tenues, ont élu en 2010 Viktor Ianoukovytch qui pratique une politique plutôt autoritaire. C'est un retour en arrière.

Et puis, il y a "la dame à la tresse", comme dit notre guide, c'est à dire Ioulia Tymochenko actuellement emprisonnée pour cause de détournement de fonds et corruption.

Bref, l'Ukraine se cherche un peu. Rajoutez à cela le retour massif des Tatars de Crimée, spoliés de leur terre à la fin de la guerre et que Staline exila dans de lointaines régions. Ils viennent aujourd'hui gonfler le lot des mécontents. 

Il faut également noter une montée du nationalisme et un mouvement non négligeable de russophobie. Tout cela n'est pas fait pour améliorer la situation !  

19:25 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ukraine

vendredi, 24 mai 2013

85. Carnet de voyage en Ukraine -4-

podcast

Samedi 11 mai : Dernier jour à Kiev

 Proverbe du jour : Faute de grives on mange des merles.

07h00  Réveil musical

07h15-09h00  Petit-déjeuner

09h30  Départ pour la visite du musée en plein air Pirogovo.

12h00  Ambiance musicale au bar Panorama

12h30  Temps libre

17h30  Départ pour le spectacle du chœur Révouski

19h30  Dîner

21h00  Appareillage

Nous quittons donc le bateau à 9h30 pour aller visiter le musée de l’Architecture et des Traditions de l’Ukraine, appelé musée Pirogovo car il est situé près du village éponyme à environ 12km de Kiev. Ce musée a été ouvert en 1976.

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On peut y voir d’anciennes maisons de différentes régions d’Ukraine, avec des intérieurs typiques ; il y a aussi une école et des églises en bois.

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C'est une agréable balade dans une région boisée. Le manque de temps ne nous permet pas de tout voir malheureusement.

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Durant le temps libre du début d’après-midi, je reste sur le bateau. Pour rejoindre le centre de Kiev, on peut depuis le quai prendre une ligne de métro. Mais je n’avais rien planifié. Je regrette un peu aujourd’hui car j’aurais pu aller voir le mémorial de Baby Yar en descendant à la station Dorohojytchi ; À cet endroit se situe un ravin.

Le 29 septembre 1941 les Nazis réunirent 34 000 Juifs de Kiev et les forcèrent ensuite à marcher jusqu’à cet endroit. Là en quelques jours ils les fusillèrent puis les enterrèrent dans le ravin maudit. Baby Bar fut transformé en camp de concentration dans les deux années suivantes regroupant des milliers de personnes (Juifs, partisans, Tziganes) qui moururent en ce lieu.

Ce n’est qu’après la guerre que la vérité fut découverte et trois monuments ont alors été érigés en hommage à toutes victimes. À noter toutefois que le premier de ces monuments, érigé en 1976 par les Soviétiques, ne mentionnent aucunement les Juifs ! L’Ukraine a comblé cet oubli volontaire en érigeant en 1991 le mémorial juif, puis en 2001 un autre monument en mémoire des enfants juifs morts à Baby Bar.

Au lieu de ça, je suis dans ma cabine et je fais la sieste… Pour me consoler de ne pas y être allée, je me dis que le plus important est de savoir que cela a existé et que ça s’est passé au nord-ouest de Kiev, dans une forêt ravinée. Je repense alors au passage du livre "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell relatant cet épisode de la guerre :

" Je repris mon véhicule et suivis les camions ; à l'arrivée, les Polizei faisaient descendre les femmes et les enfants, qui rejoignaient les hommes arrivant à pied. De nombreux Juifs, en marchant, chantaient des chants religieux ; peu tentaient de s'enfuir, ceux-là étaient vite arrêtés par le cordon ou abattus. De la crête, on entendait nettement les rafales, et les femmes surtout commençaient à paniquer. Mais elles ne pouvaient rien faire. On les divisait en petits groupes et un sous-officier assis à une table les comptait ; puis nos Askaris les prenaient et les menaient par-dessus la lèvre du ravin. Après chaque série de coups de feu, un autre groupe partait, cela allait très rapidement. Je contournai le ravin par l'ouest pour rejoindre les autres officiers, qui s'étaient postés en haut du versant nord. De là, le ravin s'étendait devant moi : il devait avoir une cinquantaine de mètres de large et peut-être une trentaine de profondeur, et courait sur plusieurs kilomètres ; le petit ruisseau, au fond, rejoignait là-bas le Syrets, qui donnait son nom au quartier. On avait posé des planches sur ce ruisseau pour que Juifs et tireurs puissent traverser facilement : au-delà, dispersées un peu partout sur les flancs nus du ravin, se multipliaient de petites grappes blanches. Les "emballeurs" ukrainiens entraînaient leurs charges vers ces tas et les forçaient à s'allonger dessus ou à côté ; les hommes du peloton s'avançaient alors et passaient le long des files de gens couchés presque nus, leur tirant à chacun une balle de mitraillette dans la nuque ; il y avait trois pelotons en tout.[ ... ] Les tireurs étaient relevés toutes les heures et ceux qui ne tiraient pas les approvisionnaient en rhum et remplissaient les chargeurs.[ ... ] Comme les exécutions devaient continuer sans pause on installa la cantine plus bas, dans une dépression d'où l'on ne voyait pas le ravin. [ ... ] La paroi du ravin, là où je me tenais, était trop abrupte pour que je puisse descendre, je dus faire le tour et entrer par le fond. Autour des corps, la terre sablonneuse s'imprégnait d'un sang noirâtre, le ruisseau aussi était noir de sang. Une odeur épouvantable d'excréments dominait celle du sang, beaucoup de gens déféquaient au moment de mourir ; heureusement, le vent soufflait fortement et chassait un peu ces effluves. Vu de près, les choses se passaient bien moins calmement : les Juifs qui arrivaient en haut du ravin, chassés par les Askaris et les Orpo, hurlaient de terreur en découvrant la scène, ils se débattaient, les "emballeurs" les frappaient à coups de schlague ou de câble métallique pour les obliger à descendre et à se coucher, même au sol ils criaient encore et tentaient de se redresser, et les enfants s'accochaient à la vie autant que les adultes, ils se relevaient d'un bond, et filaient jusqu'à ce qu'un "emballeur" les rattrape et les assomme, souvent les coups partaient à côté et les gens n'étaient que blessés, mais les tireurs n'y prêtaient pas attention et passaient déjà à la victime suivante, les blessés roulaient, se tordaient, gémissaient de douleur, d'autres au contraire, sous le choc, se taisaient et restaient paralysés, les yeux écarquillés."

17h30 : un bus nous conduit dans le centre de Kiev pour assister à un spectacle de chants religieux et traditionnels ukrainiens, donné par l’ensemble Révouski.

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Avant même d’y partir, je savais tout de l’endroit, de la salle située au dernier étage d’un ancien bel édifice qui ne possédait pas d’ascenseur, du fait qu’il allait y faire très chaud, que le spectacle durerait une heure etc. Tout ça par l’intermédiaire de Martine, bien sûr,  qui assistait pour la troisième fois au concert à cappella.

Un très beau récital !

 

Enfin le soir, après le dîner, le bateau appareille. Adieu Kiev ! 

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À suivre

17:26 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : croisiere, dniepr, ukraine, kiev